Ta-dam, voilà que sort le collectif "Histoires fantastiques", recueil d'adaptations de nouvelles d'Edgar Poe, publié par les toutes nouvelles éditions Asteure !


Moi, la mienne d'histoire, c'est "Le diable dans le beffroi", une histoire en linogravure qui parle de choux et de pendules, dont voici la première page :

J'avais envie de faire de la linogravure, je me suis dit "Allez, 15 pages ça va être vite vu !"
Il y eut beaucoup de sang. Beaucoup de larmes.

La linogravure, c'est quoi ? Voici un petit mode d'emploi, à l'usage des néophytes (et de ceux qui ont séché les cours de Charles Kalt aux Arts Décos)...

Tout d'abord, se munir d'une plaque de linoléum :

On peut décoller celui qui est par terre dans la cuisine de mémé, mais c'est quand même mieux d'en acheter du prévu-pour.

On y creuse donc son sujet à l'aide d'ustensiles appropriés, tels que gouges, burin, ciseau, pelle, ongles, enfin bref une saloperie qui coupe.
Et c'est là que les ennuis vont commencer, car généralement (surtout quand on est gourd comme moi) on va se lacérer les doigts, encore et encore, et snip un bout d'index en moins, et snap une phalange qui saute, et la dépression qui s'installe peu à peu quand on pense qu'il va falloir se fader quatorze autres pages comme ça...

Pendant que les coupures multiples cicatrisent, on applique l'encre sur la plaque à l'aide d'un rouleau-encreur, et vas-y que je te mets de l'encre mais attention pas trop quand même

Ci-dessous, la plaque qui va servir à imprimer la page 5 de l'histoire :
On voit bien (vous voyez bien ?) que tout ce qui est en relief est devenu noir, alors que les endroits que l'on a creusés restent vierges (et sortiront donc en blanc à l'impression)

Approchez, approchez mes amis, pénétrons ensemble au coeur de la matière, admirons d'un peu plus près ces motifs semblables à Grand Canyon au coucher du soleil :

Enfin bon voilà, une fois qu'on a de l'encre partout sur la planche et sur les doigts, on prend une feuille blanche, puis une deuxième parce qu'on se rend compte qu'on a foutu ses gros doigts sales sur la première, et on l'applique sur la plaque de lino.

On frotte bien bien fort avec un baren tressé dans du bambou millénaire importé du Japon (ou avec le dos d'une cuillère ça ira aussi), et là shazam, quand on retire la feuille, l'image apparaît comme par enchantement :

Eh ben oui bande de gros malins, forcément ça s'imprime à l'envers, d'où la nécessité de penser à l'avance la composition de son image (et les textes) en inversé
(et, oui les noirs sont sortis de manière assez merdique, j'ai pas dû assez insister sur l'encre)

Pour les besoins du livre, j'ai colorisé (sur ordi) et ajouté les textes à part (je n'ai pas eu le courage de linograver à l'envers tous les textes !)
Et voilà le résultat :

Certains me diront : mais enfin si c'était pour scanner tes planches et les foutre sur photoshop, tu n'avais qu'à graver tout le bazar à l'endroit, et balancer un Image > Rotate canvas > Flip canvas horizontal, et c'était marre, ce à quoi je leur répondrai qu'ils ne sont que des pisse-froid au coeur sec.

En tout cas merci de votre attention, le livre est très bien, et disponible dans toutes les bonnes librairies !